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Lundi 15 Décembre
: Lever 8h30, j'ai bien dormi, il fait beau, ce devrait
être une journée tranquille, j'entends le convoi qui part pour Aumale. Je monte
la garde au PC du commandant de 9h30 à 11h30, puis le tantôt, de 15h à
17h30. Je ne sais pas pourquoi, je me retrouve à
monter cette garde avec une MAT 49, une arme que je ne connais pas,
toujours est-il que durant 2h, je la soupèse, je la touche,
le chargeur à 45°, je la caresse, j'ouvre le volet d'extraction, je le
referme, je ramène le chargeur à 90°,
je touche la pédale de sécurité, la gâchette quand...!,
j'aperçois vers 17h le convoi qui arrive d'Aumale , je m'apprête à rectifier ma
position, quand soudain bien malgré moi, je lâche une
rafale, 3 coups partent au cul d'un homme sur son bourricot et juste devant la jeep du commandant qui
arrive en tête du convoi, c'est la catastrophe !!
un lieutenant arrive et me demande ce qui
s'est passé ..! confus, je sais plus où me mettre "je ne
sais pas, c'est parti tout seul", il part sur un : "on
règlera çà plus tard, en attendant demain exercice de tir".
Je suis dans mes petits
souliers, les copains me chambrent,
"pour un peu, tu tuais le Cdt et tu étais
médaillé par les Fellagas". Cet acte d'anti-bravoure, je vais le payer plus tard,
décidément les armes ne sont pas mes outils de prédilection, je suis plus à
l'aise avec une Varlope ou un Riflard, je ne ferais pas carrière dans l'armée,
vivement la quille
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Exercice de tir... pour
les nuls..!
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Mardi 16 Décembre
: Réveil 6h30, très beau temps, je vais au rassemblement puis au
"pluches", après la toilette, je
vais au Marché dépenser mes derniers 50frs, puis le sgt R... m'appelle, compte tenu de mon exploit
d'hier, il me charge de préparer les cibles pour les exercices de tir de cette
après midi, pistolet automatique, fusil Garant et... mitraillette MAT49, il
paraît que là, j'ai du progrès à faire.... Rassemblement 14h, nous
descendons ensuite vers l'oued avec tout l'arsenal, nous sommes 5 "sélectionnés", après avoir installé les cibles, examiné
l'armement, on entre dans le vif du sujet, nous devons tirer chacun 5 chargeurs
de Garant , 3 chargeurs de MAT 49, 2 chargeurs de PA. Cette fois, je crois que
j'ai compris comment çà marche. Ce soir le peloton et les harkis sortent en
patrouille, je prépare 2 postes radios. Jeudi 18 Décembre
: Réveil 6h, les gars partent en OP, je bois mon "jus" et je
vais aux pluches, nous suivons l'opération à la radio, bilan : 3 rebelles tués.
Ce soir le sgt R... (celui là, je n'ai encore pas compris son rôle, à part
commander, il ne touche à rien) nous apprend que nous devons avec P.... partir
en stage "Public-Adress"..!!!??
au 2ème Bureau à Aumale demain à 7h jusqu'au
prochain convoi.
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Aumale 1958
le "Mistral"à gauche le "Grand Café
"à droite
sur la
place dépot de gerbe au Monument aux morts pour la France
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AUMALE en Mai 2005
au même endroit, Un Jeudi matin de Mai 46ans après...
le nouveau Monument aux morts
pour les Martyrs de l'Algérie indépendante
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Vendredi 19
Décembre : Nous arrivons à
Aumale à 9h30, aussitôt, nous descendons au 2ème
Bureau , on doit commencer le stage, nous
sommes une quinzaine, un S/Lt Français musulman s'occupe de nous, le but du
stage : apprendre à "parler à la population du
bled
", où suis je.. ? je m'enfonce..!, il nous fait
une petite conférence, à 11h30 quartier libre. Je retrouve "ZIZI", un copain
avec qui je suis arrivé à Masqueray, nous prenons possession de notre "chambre
", nous sommes encore dans la paille, je récupère un lit de camp.
A 14h, reprise de la conférence, et projection d'une séance
de cinéma instructive sur les moyens de la pacification jusqu'à 16h 30. Je
ne comprends pas très bien où ils veulent en venir, (je le saurais plus tard).
Les jours passent, toujours le même baratin, un jour, il nous montre un
magnétophone, il nous fait parler et nous repasse la bande, c'est la première
fois que j'entends ma voix, çà fait tout drôle.
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Dans le cantonnement militaire,
nous apercevons un gamin d'une dizaine d'années que j'avais déjà remarqué en
arrivant à Aumale, il tournait autour des troufions.
Je comprends aujourd'hui qu'il rabattait des militaires vers sa mère qui prostituait ses 8 filles, ZIZI et son copain le
Harki préfèrent le Bordel Officiel, moi j'ai des doutes quant à
l'hygiène...et puis 250 frs la passe ..! non
merci, il va falloir acheter de quoi réveillonner et je préfère aller
boire un coup en ville, j'y retrouve un gars de la
11ème compagnie (la maison forestière), il sort de convalescence, il a pris
une balle dans le bras,
en lui parlant je ne me doute pas encore
de ce qui m'attend. Mardi 23 Décembre : Nous repartons vers
Masqueray à 12h, je suis dans le camion de protection avec les harkis, nous
arrivons à Masqueray vers 17h. Mercredi 24 Décembre
: Bientôt NOEL, il est 7h30, je fais ma toilette aux
Transmissions, ils ont reçu un message, 8 gars de la
9ème compagnie sont morts dans une embuscade mardi soir quand le convoi est
revenu d'Aumale, c'est Noël qui rit et Noël qui
pleure, le coin est vraiment malsain !. Il est entre 10h et 10h 30, "
l'inspecteur des travaux finis", le Sgt R....., demande un volontaire pour
servir au mess des S/off, pas de volontaire, donc ce sera moi le plus jeune,
il y a du saucisson
sec, des oeufs mimosa, de la dinde, des steaks frites, des gâteaux et du vin à
volonté. Les "juteux" viennent nous voir à la
cuisine, ils nous offrent des cigares, dans le Mess c'est le gros bordel, l'Adjudant R.... (mon chef de service ) me fait appeler, en
arrivant au Mess, ils sont plusieurs à me sauter dessus, ils me forcent à boire
dans un casque lourd, il y a du vin rouge, de la crème, des pelures
d'oranges, du chocolat fondu, des morceaux de pain avec du papier hygiénique qui
nagent (eh oui, à cette époque le bizutage existait aussi), j'ai envie de
dégueuler, après moi, c'est un autre qui y passe et çà continue. il sont tous
passablement brûlés , nous faisons la vaisselle quand le Sgt
P.... arrive en colère, un Lieutenant a vomi sur sa tenue après avoir bu dans le
casque,
les chansons paillardes n'en finissent pas, ah ! Elle est belle
l'armée, pour moi, ce n'est pas fini. Jeudi 25 Décembre
: Jour de NOEL, je suis de garde de 7h30 à 9h30. Cette après
midi, je vais au réfectoire, quelques gars jouent une pièce
pour les enfants et distribuent des jouets, je trouve l'initiative
excellente, mes copains des transmissions sont en vedette sur le plancher qui
sert de scène. Je retrouve les copains vers 20h, nous terminons les victuailles
que j'ai rapportées du Mess. L'année se termine
, le
programme reste le même, tours de gardes, opérations, crapahut, accrochages,
toujours des morts et des blessés.
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JCL regarde vers les ruines et tourne le dos au poste de garde
(en Rouge) qui va être son
cercueil, à gauche,
le Marché, à Droite, l'Ecurie où je couche, derrière, le plus grand bâtiment,
c'est le "réfectoire", dans le fond, on aperçoit la Gendarmerie en blanc. Pour
cette photo , je remercie Jean Michel
Steux.
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