1er Janvier 1959 : Il est 1h30, je suis de garde,  les gars viennent de rentrer d'OP, ils étaient du coté des  mines de plomb en opération de bouclage. Il y avait la Légion Etrangère  (13ème DBLE) et les bérets noirs de Si Cherif  qui viennent de passer, ils rejoignent Maginot.  Mon tour de garde terminé, je passe aux Transmissions souhaiter la bonne Année, les gars ne sont pas beaux à voir, un dernier verre et je vais me coucher. Ce matin réveil 9h, à 10h, on va chez   Doudou  souhaiter la bonne Année , puis on fait le tour des Mechtas, j'ai un sac plein  de gâteaux et de bonbons que j'ai ramené  en douce du Mess des s/off.
 
On a bientôt autour de nous toute une bruyante bande d'enfants, soudain  je revois mon enfance, les vacances chez ma tante dans la Mayenne , je revois les baptêmes aux sorties d'Eglises lorsque la famille lançait les dragées et que nous gamins, nous nous précipitions pour les chercher dans les graviers du parvis. Il me prend l'envie d'en faire autant, la réaction est la même partout, les enfants crient, se précipitent, c'est un vrai moment de bonheur, on oublie les riches, les pauvres pour quelques instants, les grands malheurs qu'occasionnent la guerre, mais où sont donc les responsables de tout ce gâchis et que font-ils ?  
 
Vendredi 2 Janvier   : OP, départ 7h, on passe Stephane-Gsell puis on prend la piste, on passe à côté d'un cimetière où l'on s'arrête, on installe le PC pendant que les compagnies commencent à ratisser, le T6 nous survole. Cousseau est en base arrière avec le Half Track , la population commence à venir vers nous pour le contrôle, comme je n'ai rien à faire, je regarde dans une maison basse qui est au milieu du cimetière, il y a une espèce de tombeau en pierre ( ce doit être un chef), tout autour, il y a d'autres tombes marquées d'une pierre verticale enfoncée dans le sol. Vers 5h, on reçoit l'ordre de regagner Masqueray, il fait très froid, je suis dans le GMC avec les prisonniers.   
 
 
 
Lundi 5 Janvier : Lever 8h, à 9h le S/gt R... ( je n'ai toujours pas compris son rôle , il ne touche jamais au matériel par contre, il donne des ordres) nous demande d'aller à la SAS (Service Administratif et Social) pour dépanner un poste, il me dit que ce soir je suis de patrouille. 20h30, nous sommes huit avec un sergent, j'ai pris 2 grenades dans mes poches et mon Garant (maintenant je sais m'en servir), j'ai le SCR 300 (la radio) sur le dos, nous marchons 600 ou 700 mètres pour nous mettre en embuscade derrière les ruines de Rapidi,  c'est de cet endroit qu'ils harcèlent habituellement Masqueray, on entend que le bruissement des lauriers roses dans l'oued, il fait un petit vent glacial, au loin sur la pente de la montagne on aperçoit un feu, nous sommes planqués sans bouger, il fait très froid, enfin 21h30, je reçois par la radio l'ordre de décrocher, on ne se fait pas prier. Je me couche, dans la nuit, il est tiré 3 coups de feu, à part cela RAS.
 
 
Samedi 10 Janvier : Réveil à 5h, on prépare tout le matériel, 7h30 départ vers  Aumale à pied, on prend la piste à  gauche en façe de la "Maison Forestière",  on progresse jusqu'à 9h30. On installe la radio pour prendre contact avec " Paulette ", c'est l'indicatif de la 13ème DBLE (Demi Brigade de la Légion Etrangère), il y a un tel brouillard qu'on y voit pas à 10 mètres, il fait aussi très froid, on se repose, on est crevé par la marche qu'on vient de faire. On sort la boite de ration et la boule de pain, vers 11h30, nous apprenons à la radio qu'il y a une bande de 200 Rebelles de signalée, il s'agirait de laKatiba 611 et peut-être du Commando 41, celui-ci est paraît-il très bien armé et il bouge beaucoup entre Medéa, Boghari, Aumale et   Bouira, apparemment, on redoute un accrochage avec ces unités rebelles très bien armées, mais ils ont eu le temps de se disperser dans ce brouillard.
 
Il fait de plus en plus froid, nous sommes à 1250 mètres d'altitude, vers 17h, le temps à l'air de vouloir se dégager et puis à nouveau c'est la purée, nous mangeons et nous montons la tente,  je suis de garde de  1h à 2h30 du matin, il fait très noir. Ce matin vers 10h, on reçoit l'ordre de " Paulette " de décrocher, le brouillard s'est levé, on aperçoit maintenant en bas les mechtas qui brûlent aux alentours pour ne pas laisser d'abris aux Fellegas, c'est la zone dite " Zone Interdite " les militaires poussent  la population versDechmilla, après avoir décroché et fait quelques Kms, on s'arrête sur un beau site, il y a de la verdure, on voit dans le fond, la vallée Dechmilla.
 
On prévient Paoli (le PC régiment ) de notre décrochage, puis appel aux camions, mais ceux- ci ne nous reçoivent pas, on reprend la marche vers Dechmilla,  on traverse un oued gonflé par la pluie de la veille, l'infirmier tombe dedans, il est trempé et l'eau n'est pas chaude, on rejoint la piste, je suis en pleine forme, je commence à avoir l'entraînement, avec Bounolleau on remonte la colonne, enfin on arrive à Dechmilla.  En passant, les gars de la 11ème compagnie signalent que la plupart des  poteaux téléphoniques sont coupés. Les camions sont là, on démarre : direction Masqueray,  on arrive vers 16h.
 
Mardi 13 Janvier : Comme tous les Mardis, c'est jour de Marché, je prends la garde du PC de 7h à 9h, je présente les armes au Cd (celui que j'ai failli allumer avec ma "MAT 49 ", il part à Aumale avec le convoi, je vais faire un tour sur le marché. Je suis de garde au Mess de midi à 13h. Avec le convoi qui arrive, Emery me rapporte des photos,  ce soir, il faut 2 gars pour partir en patrouille, ils tirent au sort entre eux, ce ne sera pas moi aujourd'hui, j'ai déjà donné, un, part avec les harkis, l'autre avec le peloton, il est 20h, ils partent derrière le marché pour rejoindre les ruines de Rapidi , 20 rebelles sont signalés, vers 11h30, RAS, demain OP.
 
Mercredi 14 Janvier : Les gars partent en  OP ce matin à 8h30 du côté de la plaine de Birabalou .
 
Samedi 17 Janvier : Garde au mirador de 7h à 9h, il fait très froid , j'ai les pieds gelés, je passe aux transmissions me faire du pain grillé, j'ai reçu un mandat de ma tante Claire 1000 frs, merci . Je suis encore de garde de 13h à 14h30, je vais acheter 1kg d'oranges, ce soir, je vais au cinéma, il y a du monde, je me couche à 22h
 
Dimanche 18 Janvier : Nous sommes en Alerte, il y a une OP dans le coin, je prépare le matériel au cas OU, cette après-midi nous avons un match de foot, on joue contre les Artilleurs , on perd 4 à 2.