Ce matin, départ 5h pour Ain Bessem, on arrive à 7h30, nous sommes en bouclage de la ville qui a été attaquée il y a une quinzaine de jours , nous attendons sur nos positions que le ratissage soit terminé, puis on nous autorise à sortir en ville. Sur une grande place, il y a environ 500 personnes de rassemblées qui se font contrôler, sur le coté un groupe d'environ 70 personnes qui paraît-il, sont des suspects fichés. Nous continuons notre ballade avec Dupér..., pour une fois que ce n'est pas nous qui ratissons, cette OP est une partie de plaisir, c'est une ville sympathique, il y a pas mal d'Européens, on achète des fruits puis on rejoint les copains qui eux ratissent... les Bars.
 
Direction  les camions à 17h, nous n'avons pas beaucoup marché et pourtant les gars sont très fatigués..! encore 2 jours de repos. Nous sortons ce matin à 1h, juste derrière moi, Boisa tire accidentellement  avec son PM, par chance, 1 seule balle est partie, j'ai entendu son miaulement à mon oreille, hum!!,  il se fait engueuler gentiment par le Pitaine. On arrive sur l'objectif à 5h30, on s'embusque pendant que les sections fouillent les mechtas, il n'y a rien, pourtant on nous a signalé qu'une bande de 25 rebelles vient de temps en temps dans ce secteur, Méradj.. interroge les habitants, son frère a été assassiné ici par le FLN, mais... RAS.
 
On se dirige maintenant vers le Marabout , on s'arrête sur un piton, la 2ème section signale 2 fuyards avec des fusils de chasse, aussitôt par radio, nous prévenons la 1ère section qui est a proximité, on voit en effet 2 voltigeurs qui leur courent après, on les perd de vue, mais on entend des coups de feux, quelques minutes plus tard, on nous annonce 2 fusils de chasses récupérés, on avance et on s'arrête à un groupe de mechtas très propres avec une architecture bien symétrique, Boisa interroge les civils et leur donne des tracts.., mais RAS on continue pour rejoindre les camions, on y arrive après un dernier raidillon, aie... mes jambes.
 
 
Ralliez vous à mon panache... !
 
 
Demain départ 1h, direction la Cabine Sanitaire (la cabine Sanitaire est une petite construction  de quelques mètres carrés destinée à donner des soins à la population rurale, ces cabines toutes blanches furent vite la cible des rebelles qui les détruisirent), il y a environ 30kms, on arrive sur notre objectif vers 6h, de notre position, on voit très loin mais on observe plus particulièrement une mechta en bas de notre position que les rebelles utilisent paraît-il comme Relais, mais rien ne se passe, l'aviation commence à tourner dans le ciel tout bleu, vers 10h nous nous mettons à la disposition d'Adrénaline (l'indicatif du 29ème BTA : bataillon de tirailleurs algérien), nous continuons vers la cabine Sanitaire, dans le bas, on voit des gars de " Parabase " qui crapaütent, l'aviation fait des piqués et çà commence à tirer, c'est Parabase qui a accroché une bande de djounouds  avec Parthenon (indicatif de Chars basés à Aumale) , il y a 17 tués chez les rebelles, 1 mort chez Parabase.
 
Nous continuons la progression quand d'une mechta s'échappe un fuyard, il est abattu par le FM qui était en batterie, c'était le commissaire politique, il était responsable de tout le Dyra, on récupère sa mitraillette Beretta et ses grenades et en supplément 12 vaches et 25 moutons, on arrive enfin à la cabine Sanitaire  à 16h, à 16h45 on reprend les bahuts, je monte avec le Pitaine dans la Jeep, il s'arrête au col des Ouleds Mérieme pour voir le colonel qui dirige l'opération, il y a aussi un capitaine de parachutistes avec son unité, ils sont là en attente d'intervention. Enfin, nous partons direction la Maison. Ce soir, pas besoin de berceuse et puis demain, c'est Dimanche, repos.
 
Aujourd'hui Dimanche : bain de soleil, cette après-midi, je descends à Masqueray avec Boisa l'interprète, je vais acheter des pellicules photos au foyer, Boisa paie une bière, on va chez "Doudou" qui paie sa tournée de pastis, je paie la mienne puis nous allons à la SAS (service administratif et social) pour voir le Maire ..."Voilà... Boisa n'a pas vu sa femme depuis 2 ans" (il faut dire que Boisa était dans le maquis, il s'est rallié il y a peu de temps) " celle-ci vient le voir pour la fête de l'Aid el Kébir et il recherche une pièce où il pourrait la recevoir dans l'intimité, réponse du Maire : "je vais voir ce que je peux faire", affaire à suivre..!

Mardi 16 juin : 2h du matin, je termine ma garde, Bir...qui était de garde avant moi est toujours là à discuter, je me joins à la conversation : "Les bons les mauvais , les riches les pauvres et qu'est ce qu'on fout ici et il faudrait que... et il aurait dû ... et y qu'à..." on refait le monde jusqu'à 6h30. Vers 9h, l'ami Boisa se ramène, on le chahute, il a mal au dos... ses yeux cernés sont bordés de reconnaissance et trahissent une nuit qui a dû être courte mais sans doute agitée... 2ans qu'il n'avait pas vu sa femme !!!.
 
Ce matin, c'est le méchoui de l'Aid el Kebir, je vais voir les gars qui préparent le Méchoui, on prend quelques photos, vers 11h30 les Autorités locales arrivent, le Commandant, le capitaine Médecin avec sa femme, le Lieutenant de la SAS et Pierrette qui tient la poste  . Tout le monde se rassemble autour des moutons  et du couscous, les uns de disserter sur les évènements ...et les autres ..., "à quand la quille?".
 
 
 
Pour le rapprochement des peuples, je tiens la barre
Pendant qu'on fait le Méchoui, on ne fait pas la guerre...
(--) ce Rallié, de retour chez lui sera assassiné... 
 
Cette nuit, Bir.. et Johnny étaient de garde, ce matin nous partons en camion, le 2ème bureau nous envoie 3 prisonniers qui paraît-il connaissent des caches d'armes, nous prenons la piste derrière Masqueray en direction de Maginot quand soudain, nous nous trouvons devant une tranchée, la piste a été coupée par les rebelles, les camions s'arrêtent, nous continuons à pieds encore 3kms, nous arrivons à l'endroit de la présumée cache, nous creusons 3/4h, RIEN, idem pour les 2 autres caches, le Pitaine n'est pas content... "Le tuyau était percé",  (l'indic à compris son malheur en retour).
 
Retour à la maison, cette après-midi, je suis de garde, il fait un orage épouvantable, la pluie est dense, du poste de garde, je ne vois pas les barbelés. Ce soir, Boisa rejoint sa femme  à la SAS (le veinard) ,   nous on rejoint notre paillasse... Ce soir, Johnny ne se sent pas bien, il se porte consultant, l'infirmier Milw.. dit que c'est la jaunisse, avant de nous coucher, on reçoit l'ordre d'aller chercher des rations de combat pour demain, nous partons à 5h30, nous préparons les postes Radios, ce soir je suis de garde de 22h à minuit. Ce matin, réveil à 4h30, j'installe le matériel et la Radio dans la Jeep du Pitaine , à 5h30, on démarre direction Masqueray, Stephane g'sell puis à Bousken , les Chars AMX et Half Track nous attendent, tout le monde repart. On arrive à 7h sur le terrain, on commence le ratissage dans une grande forêt de pins, à 7h30, on entend les premiers coups de feux, puis les mitrailleuses des engins blindés.  On avance prudemment, j'entends le chef de la section à notre droite,"vos distances, nom de Dieu...", il a raison!, 10mn après ce sont ses gars qui accrochent les rebelles qui sont à 50m devant et qui "se taillent" dans tous les sens, il est 8h, c'est à nouveau le silence, on dénombre 9 rebelles tués et 1 blessé, chez nous rien!,
 
 
la 2ème section a été accrochée à côté de la  la mechta soulignée en rouge, nous avons un blessé, les rebelles fuient en direction du sud,  le T6 effectue un Strafing ( trait rouge) puis remonte (2ème trait rouge)
 
 
 on avance et on sort maintenant de la forêt, l'aviation T6 amorce ses piqués au dessus de nos têtes pour effectuer des Strafings à 1km devant nous. Le terrain est rocailleux et très accidenté, d'après l'ami Boisa qui était dans le maquis de ce secteur, nous avons accroché un amalgame de 2 Katibas (une Katiba correspond à une compagnie d'environ 100 hommes), celle qui est appelée La Zouguéria 424 et la Katiba 611 dont le chef a été capturé, il a une tenue camouflée et avait une Mitraillette MAT 49 (Manufacture d'Armes de Tulle), l'accrochage est terminé. Nous faisons le chemin inverse par la forêt, on rentre sous l'orage et les éclairs, ce fût une journée bruyante..! Après le feu du canon, le feu du ciel...
 
 
Eh! toi le Bordelais..., Creuse encore, y a pas d'armes! mais tu vas trouver de l'eau...