pour la photo... Souriez !
 
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Dimanche 28 mai : Ce matin enfin, nous pouvons boire notre chocolat tranquillement, je vais au lavoir faire ma toilette,  j'en profite pour laver mes treillis puis je remonte pour écrire à la famille et aux copains, ensuite avec Quef..., on va chercher le déjeuner, ce n'est pas mauvais mais il n'y en pas assez, on a de la viande congelée qui date de la "guerre d'Indochine", heureusement que de temps en temps on améliore notre ordinaire avec quelques victuailles que l'on ramène de la zone interdite , après la sieste vers 16h, je vais faire une partie de pétanque, avec Bir... on gagne une bière! après le dîner, je prépare le matériel et je me couche.
 
Nous partons ce soir à 23h30, on grimpe dans les camions et on s'arrête sur la route de Bousken, on "gicle" des camions et on s'engage dans la nature, il fait un magnifique clair de lune, on fouille quelques mechtas en passant, on s'arrête sur un piton en observation puis on reprend la marche pour s'arrêter vers 4h30 sur un autre piton, on attend la 3ème section qui est en retrait et fouille aussi des mechtas sur une crête à 300m sur notre gauche, soudain, des coups de feux partent de leur direction, des balles traçantes par dizaines nous passent au-dessus de la tête, je préviens par Radio que nous sommes dans la direction du tir, ils me répondent qu'ils ont accroché une bande à 30m d'eux, on entend maintenant les balles qui claquent au-dessus de nous, le lance "patates" tire 3 grenades, on voit des buissons qui s'embrasent.
 
Le Radio me rappelle, il y a 2 rebelles tués et 2 prisonniers, récupération d'1 fusil 303 Anglais, 1 fusil de chasse, 1 pistolet 11/43 et 1 pistolet Beretta, les 2 prisonniers nous rejoignent, Boisa les fait parler, ils étaient une quinzaine, les autres sont en fuite, on trouve sur les 2 fellagas des cartouchières, une boussole et un carnet de notes. Le jour est a peine levé quand le piper vient à notre verticale. Nous progressons à toute vitesse pour couper la route aux fuyards, le piper les a repéré, il donne leur position aux 2 AvionsT6 qui viennent d'arriver, ceux ci commencent à Staffer, mitrailleuse, rocket, napalm, il y a le feux dans les buissons, on entend des coups de feux, les rebelles tirent sur les avions à cause du Napalm, on nous demande de ne pas trop nous approcher, le Pitaine commande quand même d'avancer prudemment, nous sommes à 200m. On commence à se faire "allumer", les gars répliquent aux fusils et aux FM, le lance grenades balance quelques "pruneaux", les Voltigeurs avec leur MAT 49 en profitent pour avancer, sous la couverture du FM la fusillade s'arrête, on va au résultat, chez les rebelles, on dénombre 4 morts et 12 prisonniers, tout s'est calmé quand des coups de feux partent d'une mechta, on nous tire dessus avec un Mauser reconnaissable à son bruit caractéristique, les voltigeurs ont vite fait de cerner la mechta, après avoir balancé 2 grenades par la cheminée, le gars est vite sorti, il faut toute l'autorité du Pitaine pour qu'il ne soit pas lynché, la récupération d'armes est importante, il y a une dizaine d'armes dont 1 carabine US, 1 Mauser, 1 MAS 36, 1PM 38,1 Garand, un 11/43, un 12mm,et 1 FM qui heureusement était enrayé .
 
Une autre section découvre 1 sac à dos avec des documents contenant la désignation de tout l'armement de la katiba 611, on découvre également une station d'écoute avec un poste AN / GRC  tout neuf en provenance du Maroc, une machine à écrire, des dossiers avec toute l'Organisation Politique et Administrative du coin " OPA ", les prisonniers sont interrogés, ils nous " donnent" une cache où il y a 50 paires de  Pataugas. On rentre à la Maison vers 11h, à midi on casse la croûte. On repart à 15h30.. !
 
 
Sans Commentaires
(Collection Quef) 
 
15h30 nouveau départ.  Ce matin la 10ème compagnie a récupéré 2 gars qui étaient chargés d'approvisionner la Katiba, de la nourriture pour 150 personnes çà ne passe pas inaperçu, nous roulons en direction de Stephane g'sel, puis de l'Oued Malah, nous prenons une piste parallèle à la route, nous sautons des camions et nous nous installons sur un piton 2kms plus loin, la végétation faite de buisson est assez dense,  les Avions T6 effectuent des Strafings  à priori en mitraillant des zones où les rebelles auraient pu se retrancher, quand je reçois un appel Radio de "Charlie" l'indicatif de l'Avion de reconnaissance Piper qui signale 2 individus qui se cachent dans le fond de l'Oued, je le signale à la 3ème section mais à l'approche des voltigeurs de pointe, nos 2 gus se sauvent, je préviens les Chars qui sont en bouclage que 2 rebelles  se replient dans leur direction,  mais ils n'auront pas à intervenir car la 3ème section les a récupérés sans résistance, il n'ont pas d'armes ... ou alors, ils s'en sont débarrassés avant de se constituer prisonniers, nous  rejoignons les Chars et nous remettons les 2 gus à l'OR (officier de renseignement) puis retour à la compagnie. Je sens que ce soir je vais bien dormir.
 
 
Aujourd'hui Mardi   : c'est le jour du Souk à Masqueray, c'est aussi le jour du défilé en l'honneur du départ du commandant Rao..., il a reçu une autre affectation,  le Colon a fait le déplacement alors... discours, baratin d'usage, "On est les meilleurs, l'Algérie, la France, la Patrie" et puis on chante ... "C'est nous les Africains qui revenons de loin, nous venons des colonies pour défendre le pays... colons, colonies", dans le cas présent, ce mot me met mal à l'aise surtout quand je vois tous ces gens qui vont et qui viennent du marché et qui voudraient bien qu'on leur foute la paix.
 
Tout le monde est sur son trente et un et se dirige vers le mess des Officiers pour sans doute un repas amélioré, tandis que nous, nous remontons vers la Maison Forestière pour nous "taper" des patates sautées et un Bif dur comme de la semelle. Cette après midi, je commence à préparer mon paquetage, je pars en permission 21 jours en France... seulement 21 jours! ce soir avec Quef... et Boun..., on va au Foyer boire une Bibine, puis 2, puis 3 ..., grosse discussion toujours la même chose, "ils devraient ...y a qu'à, faudrait qu'on"! les esprits s'échauffent entre notre ami Bir... et un gars de la 1ère section qui ne sont pas d'accord du tout.., bousculade, insultes et comme d'habitude, çà part vite, les uns retiennent les chaises, les autres essaient de séparer nos gars, finalement les coups commencent à tomber, moi je pense à ma "perm", je fais signe à Boun... que je dégage, les gars rentrent à la piaule les uns après les autres, enfin Bir... apparaît, pas mal amoché, il saigne du nez, il a malgré tout une réflexion intelligente ..."on s'est bien battus..." malgré son refus je vais chercher Milw... l'infirmier, qui rapplique et qui nous annonce une "bonne nouvelle..!" on sort ce soir à 23h30, inutile de se coucher, on va aux Rations, puis au rassemblement, le Capitaine qui a sans doute entendu parler des échos de la soirée demande à Bir... "Quelque chose ne va pas Bir...", Bir... "non, non, je suis tombé, mais tout va bien mon Capitaine". 
 
 
 
Nous prenons la piste en face de la maison, nous devons traverser le Bougaouden  et une partie de la plaine de Birabalou, il fait beau, la lune passe entre les nuages, j'ai chaud, j'élimine difficilement les bières dans les 3 ou 4 premiers kms, j'attrape une belle suée. On avance prudemment sur le terrain découvert car il fait maintenant un beau clair de lune, ma crainte est de tomber dans une embuscade, où là, nous serions une cible de choix, on longe la lisière des taillis. Vers 4h30, on arrive en vue d'une Dechera, il y a quelques Mechtas, on se planque sur le piton au dessus, la 2ème section est sur un autre piton à droite, tandis que la 1ère est dans le bas et  fouille, çà commence à tirer, les rebelles ripostent, quelques "clac.. clac..." au dessus de nos têtes nous indiquent que nous sommes dans la trajectoire des balles, ils descendent un Commissaire Politique et un "Facteur",la 1ère section récupère 1 fusil US 17 et une dizaine de lettres destinées aux Djounouds mais  de notre position, on voit des gus qui se "taillent", on suit le pitaine qui pique un 100m pour rejoindre le piton voisin, on se camoufle dans les taillis, les fuyards ne peuvent pas faire autrement que de nous tomber dans les bras...
 
Nous descendons vers  la plaine de Birabalou pour contrôler les civils, il y a 8 suspects que l'on ramène à Masqueray. Pendant ce temps le Piper "Papa Charlie" guide les T6 qui mitraillent à quelques km de là. Arrivée à la compagnie à 10h, là, j'apprends que je pars en permission en France pour 23 jours, départ cet après-midi à 13h30... heureusement mon sac marin est prêt. A 13h30, on monte dans les bahuts, c'est aussi le départ du Cdt Raou ..., je suis à côté d'Auger de la CCAS , arrivés à la 10ème compagnie, on change de camions, je retrouve Jadea... un  gars de St Lambert du Lattay, à Bousken 45mn d'arrêt, un peu plus loin, un champ de blé est en feu, 30mn d'arrêt, enfin on arrive à Aumale à 17h, on va chercher des couvertures et on rejoint nos tentes, je retrouve des gars du commando qui reviennent de 8 jours de Repos, ils étaient chez la Comtesse du Luars à Alger. Demain, je prends le Bateau  pour la FRANCE.