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Opération dans le Djebel DIRA "Le
Bordelais" avec son MAS 56 à lunettes
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Le massif du Djebel DIRA
(1810m)
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le 19/20 décembre 1959 : Réunion des chefs de
sections, un renseignement nous indique une bande d'une dizaine de rebelles dans
le Djebel Dira, il faut dire que depuis l'anéantissement de
la Katiba 611, j'ai remarqué que nous avons de plus en plus de
renseignements et que également, sans doute par le plus grand des hasards, les
accrochages les plus sérieux avaient eu lieu autour de la date du 20 de chaque
mois, aussi depuis le 20 Août et l'arrivée de 2 nouveaux qui ont remplacés les
quillards, ne portant plus le poste de radio, je me suis
affecté un fusil MAS 56
, mais ce jour là, le Radio est malade et c'est moi qui le
remplace, le départ est prévu vers 23h30, nous prenons la direction du Sud Est,
au départ de l'oued en bas de la Maison Forestière , la nuit est claire, le
temps est un peu frais mais en marchant on se réchauffe vite, vers 3 h on se
place en observation au dessus d'un village. On met un tour de
garde en place, un peu plus loin, des gars manifestement n'ont pas envie de
dormir et plaisantent en fumant sous la toile, je vois le Lieut
Rinch... (il remplace le Pitaine absent) qui se déplace vers eux, en se penchant
pour éviter qu'on le voit, et les calme d'une bourrade magistrale. C'est le
silence total jusqu'à 6h30, nous apercevons un civil qui sort d'une mechta et
prend rapidement le sentier du bord de l'oued, nous le signalons à la 1ère
section qui est en bas et qui a bien aperçu l'homme qui semble pressé, les gars
sont planqués, ils vont le cueillir, quand par maladresse, un coup de feu part,
le gars qui est alors à 30m de la section se met à courir et disparaît en
prenant le fond de l'oued sous un tir nourri mais sans effet sur le type qui a
du avoir chaud. Nous continuons la progression en fouillant quelques
Mechtas.
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Le terrain
est montagneux, aride avec peu de végétation, enfin nous arrivons sur
l'objectif, çà ressemble à un Canyon avec une pente abrupte qui descend vers
l'oued, de l'autre côté, une falaise quasiment à pic, à mi hauteur, nous apercevons un grand trou noir qui ressemble à une
grotte, avec le Lieut Rinc... nous nous installons sur la crête, pendant
ce temps, les sections se sont placées, la 2ème section est à gauche de la
grotte, la 1ère au dessus, la 3ème à droite et nous les 6 de la section
"commandement" ainsi que le lieutenant restons sur notre crête située face à la
grotte à environ 250/300m à vol d'oiseau, dans ce cas là, la stratégie me
convient, les sections commencent à avancer vers la grotte, rien ne se passe,
alors le Lieutenant nous commande de descendre, ce
n'est pas moi le chef mais je me permets de lui dire qu'en cas d'accrochage, la
liaison Radio risque d'être moins bonne en bas , "On
descend, je vous dis... !".
On dévale la pente, les pierres roulent sous nos pieds, nous
sommes maintenant sur les bords de l'oued, il y a peu de végétation, quelques
lauriers roses et une rangée de pierre retirée par un cultivateur pour dégager
un maigre terrain, pendant ce temps, un Avion d'Observation qui est venu tourner
au dessus de nous prend contact " Kimono 11... kimono
11, ici Papa Charlie, me recevez vous?" je réponds "Papa Charlie, ici K11, je vous reçois 5/5", nouveau
contact du Piper "K11 de Papa Charlie, avez-vous besoin de
mes services", je regarde le Lieut qui me fait non de la tête, je
reprends contact avec le Piper " Papa Charlie de K11
négatif.. négatif, tout va bien"... "Ok K11, je change de Fréquence, bonne
journée... ",
au même moment, un tir nourri part de la grotte, en un instant,
je réalise qu'il me faut vite reprendre contact avec le Piper, pourvu qu'il
n'ait pas déjà changé de Fréquence.
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C'était toujours
rassurant d'avoir cet Ange Gardien audessus de notre
Tête
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Mes copains et le Lieutenant qui ont senti le danger (vue notre position complètement à découvert et à 150m environ de
la grotte) sont en train de remonter la pente, je reste seul à monter ma grande
Antenne vite fait sur le poste de Radio et j'appelle le piper que je vois partir
à l'horizon "Papa Charlie... Papa Charlie de
K11", RIEN ..."Papa Charlie de K11 répondez..!"... soudain! "Kimono11? Ici Papa Charlie
j'écoute" je fais OUF... "Papa Charlie de K11, nous venons d'accrocher" réponse
" J'arrive K11, il était temps... j'allais juste passer sur
la fréquence Aviation...OK, j'appelle la base ".
Je mesure maintenant le danger et la précarité de ma
situation
, je suis tout seul sur ce terrain nu et découvert,
on commence à me tirer dessus, je prends conscience que j'ai le poste de
radio et que je dois absolument rejoindre le Lieutenant , mais la seule
possibilité de repli, c'est de refaire le chemin inverse à notre descente
périlleuse de tout à l'heure, c'est à dire, 200m de remontée avec une pente à
45°, aussi je m'accorde un minuscule délai de réflexion, d'autant plus que je
suis une cible de choix, les rebelles qui sont dans la grotte ont certainement
repéré mon antenne et le poste de Radio
.
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Le Hasard de la vie a
voulu que rentré dans le civil
comme Electronicien à
la Thomson CSF
j'ai travaillé quelques
années sur cet Appareil
qui me rappelait bien
des souvenirs
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Pendant ce temps, le tir continue
autour de la grotte mais il y a un tireur qui doit m'avoir
dans sa ligne de mire car son tir se fait de plus en plus précis autour de
moi. Je suis à plat ventre derrière la rangée de pierre et je m'efforce
d'en ramener d'autres pour consolider ma position, je m'abrite derrière ce petit
mur ridicule de 60cm de haut, les balles maintenant ricochent sur les pierres
qui éclatent, je ne peux plus rester... il me faut prendre
une décision! j'opte pour attendre le prochain tir pour décrocher le plus vite
possible, je cramponne mon sac avec le poste de Radio et je me prépare
pour un 100m, soudain une pierre éclate à quelques centimètres de ma tête,
aussitôt je pars en courant, je me rends vite compte de la difficulté de cette
pente, mes pieds glissent, dérapent sur les pierres qui roulent, le tir me
poursuit de plus en plus précis, à chaque coup de feu, je
vois à côté de moi l'impact de la balle qui fait gicler la terre et les
cailloux
, la pente est trop dure pour la monter de face, aussi je slalome
en faisant de grands zigzags.
Je profite
d'un nouveau tir pour m'arrêter, je n'en peux plus, je suis lessivé, en une seconde, je revois ma vie, ma mère à la maison
en train de piquer des dessus de chaussures pour l'entreprise Guer..., mon père
à l'usine qui tire les morceaux de bois de la Raboteuse et moi je suis là tout seul devant un mur avec un fusil braqué dans
le dos et personne ne peut rien pour moi ... sauf le Bon Dieu et la
sainte Vierge que j'aime bien, aussi je fais un voeu "Si je
m'en sors ... j'irais à la messe le dimanche à l'Eglise St Pierre!"
cette pensée m'encourage, je repars aussi vite que je peux, à gauche, à
droite, je ne suis plus qu'à 100m de la crête, le tir
me poursuit toujours, j'ai le bruit et le son de ce fusil dans les oreilles,
après ce tir, j'attends le suivant... qui sera peut être le dernier pour moi,
non c'est pas possible, ma vie ne peut pas s'arrêter là sur ce piton
minable
.
Je repars,
cette pente me paraît interminable, je m'arrête encore, je ne suis plus qu'à 50m
de la crête et des copains, les coups de fusil ne sont plus aussi rapprochés,
aussi, je me dis que mon tireur économise peut être ses munitions, enfin dans élan surhumain, je m'arrache une dernière fois, je
balance mon poste de Radio sur la crête et je m'écroule asphyxié, je lève
la tête étonné d'être arrivé, je regarde les gars, les gars me regardent sans un
mot, il y en a qui n'ont pas intérêt à ouvrir leur gueule..!
remis enfin de mes émotions je
respire, je regarde la grotte d'où venaient les coups de feux, je vois les
gars de la 2ème section qui sont à l'entrée de la grotte et qui balancent des
grenades, mais impossible d'entrer sans se faire descendre, les rebelles sont
bien armés et retranchés comme dans un blockhaus, pendant ce temps le Piper est
revenu avec 2 Avions T6 ,
ils nous demandent de faire reculer les sections de 200m, les 2
T6 font
un premier passage au dessus de la grotte, ils " Strafent" au 2ème passage, mitraillent
et tirent des Rockets, cela n'a pas impressionné les rebelles qui tirent maintenant sur
les Avions. (n'oublions pas les pilotes qui ont payé un lourd tribut
dans cette guerre).
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Entre temps, un autre Avion est arrivé et tourne
en altitude, le Piper m'appelle à nouveau et nous demande de faire encore reculer
les sections, cette fois c'est un Bombardier qui entre en action
(cet avion à la particularité de lancer des missiles SS10 et SS11 téléguidés
par fil, c'est la première fois que nous voyons ce type d'armes..!),
il descend et prend le Canyon en enfilade, il vole très lentement,
on a l'impression qu'il fait du sur-place, le Piper est au dessus et lui
indique la position de la grotte, le Bombardier réapparaît de nouveau
à l'entrée du Canyon, juste avant d'arriver devant la grotte, il tire un missile air / sol SS10, on
voit le missile hésiter sur sa trajectoire et se diriger tout droit vers la
grotte en explosant dans un bruit d'enfer qui fait résonner la montagne
, le tir a explosé à côté de l'entrée, l'avion effectue un 2ème passage
avec un tir qui n'est pas meilleur, à part le bruit énorme, le résultat est
mince mais les Aviateurs ne se découragent pas.
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A nouveau,
les T6 font leur apparition, le Piper nous prévient que les Avions vont
larguer des "Bidons spéciaux", c.a.d. du Napalm, après un
premier passage, les avions se retrouvent à nouveau dans l'axe de la grotte, on
voit un bidon se détacher de l'avion puis un deuxième qui explosent, à
l'entrée de la grotte tout est en flamme, il est environ 16h, des chars venus
d'Aumale ont pris position sur la crête et remplacent la 1ère section qui
commence à descendre vers la grotte, vers 16h30 subsistent encore quelques
buissons qui finissent de se consumer , les premiers voltigeurs recommencent à
parlementer avec les rebelles qui bien que protégés dans leur Bunker ont sans
doute été ébranlés par ce bombardement, " ce n'est plus
comme tout à l'heure ou derrière leur meurtrière, ils tiraient en insultant ces
sales Français", en effet, après quelques
minutes de pourparler et après les avoir prévenus que les chars s'apprêtaient à
déverser de l'essence dans les failles de la grotte..., ils
acceptent enfin de se rendre
, de notre position, on voit sortir une
dizaine de rebelles les bras levés, aussitôt les voltigeurs investissent la
grotte, le Radio me communique que l'intérieur de la grotte est fortifié,
imprenable, il précise qu'il y a 3
rebelles légèrement brûlés au visage et 11 armes sont récupérées dont un
Mauser..!.( fusil Allemand, chargement de 5
balles, tir de précision j'usqu'à 400m)
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Le Lieutenant demande aux sections de descendre les
prisonniers au bord de l'oued, pendant que nous décrochons de notre position et dévalons la
pente que j'ai eue tant de mal à monter tout à l'heure, moi je rumine...
j'ai besoin de connaître celui qui a failli m'allonger en me
tirant dessus
, maintenant, je sais que c'est celui qui possède le
fusil Mauser, c'est le seul fusil capable d'être assez précis à cette distance
et je veux faire partager au propriétaire du Mauser "la
trouille" que j'ai eue en montant le piton. J'ai décidé de lui tirer une
balle au raz de l'oreille..! alors, avant que Boi.. n'interroge les
prisonniers, je lui demande de les questionner sur leurs armements, qui a quoi ?
il présente les
différentes armes et je lui demande de terminer par le Mauser , le
contrôle s'effectue, chacun reconnaît son arme, enfin on arrive à la
dernière, le Mauser , un jeune gars de mon
âge, une vingtaine d'années lève le bras, il est accroupi avec les autres, je
m'approche et lui demande de se lever.
Comme ses copains, il a l'air abattu, les yeux
hagards, il est habillé dans des frusques kaki trop grandes pour lui, il a
une capote militaire qui traîne jusqu'au sol, il baisse la tête, je demande à Bois... de lui
expliquer que je suis celui sur lequel il tirait tout à l'heure, je m'assure
qu'il a bien compris, je sors mon pistolet de son étui, je lui demande de se
retourner et de mettre ses mains sur la nuque, à cet instant, je
me rends compte de la bêtise de mon geste
, le pauvre gars tremble de tout
ses membres, je me dis que ça suffit, ce n'est pas la peine d'en rajouter, je
sors mon paquet de cigarettes, j'en mets une au bout du canon de mon arme et je
fais un clin d'oeil à Bois ...
qui lui demande de se retourner, d'un rictus plutôt que d'un sourire, je lui
demande de la prendre, ce qu'il fait, OUF..! mais la tension était palpable,
dans un élan de générosité que je ne maîtrise pas je continue la distribution de
cigarette à ses copains qui hésitent interloqués par mon
geste.
Dans le fond, je me dis que eux comme moi
aujourd'hui, on l'a échappé belle...
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Les chars d'Aumale indicatif : "Parthenon"
prennent position pour la nuit, pendant qu'on dégage le
terrain
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