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Moi " Petit Chef "
Les 19/20... Février 1960
:
Pour moi ces dates des 19 et des 20 de chaque mois sont souvent maudites, j'y pense
lorsque nous préparons notre matériel pour partir en OP à 22h30 ce soir.
Cependant, 22 mois dans ce merdier, ça vous forge un homme, je ressens en moi à
la fois un mélange de peur et d'excitation, il paraît que cela s'appelle le goût du risque
, maintenant je fais partie des anciens, la
plupart des chefs de sections sont des nouveaux et je n'hésite pas à m'affirmer
s'il le faut. Cette fois, j'ai mon MAS 56, j'accompagne les 2 Radios avec
Quef..., Bois... l'interprète et Milw ... l'infirmier. Nous
quittons la Maison Forestière vers 22h45 direction le Sud vers
Maginot , une patrouille de
5 gars est partie devant en éclaireur vers 22h avec un petit poste Radio, Trpp8,
Talky/Walky (indicatif "petit Bleu"). Il ne fait pas très chaud, le
ciel est gris, vers 1h les sections se dispersent, nous on reste avec la 2ème,
on laisse sur le côté un groupe de mechtas d'où on entend le chien aboyer. Vers 2h, on entend des rafales de mitraillette, la direction des coups de feux ne correspond à aucune
des sections, on appelle à tout hasard le petit groupe de patrouille qui
normalement est en silence Radio, "Petit Bleu de K11" ......
"Petit Bleu ici K11 répondez ..."
Rien!, on appelle les
sections au cas ou..., non RAS. 15mn plus tard, le Radio reçoit un
appel de "petit Bleu "...
"K11 de petit Bleu, nous venons de
prendre un guetteur", "Ok reçu petit Bleu, mais où êtes
vous?" ..... "nous sommes sur un piton, nous allons
tirer en l'air 2 traçantes", nous apercevons les 2 traçantes en même
temps que les coups de feux, "bien vu petit Bleu, nous
arrivons...", nous rejoignons bientôt le petit groupe
de 5 hommes grimés et habillés comme d'habitude de djellabas et de
Cheichs ,
de vrais faux djounouds..!, ils nous présentent le guetteur, un type avec une
grande Djellaba, qui était caché sur la crête derrière un empilement de pierres
circulaires et qui a tenté de s'enfuir devant nos gars, d'où la fusillade de
tout à l'heure, il n'a pas été touché, il a eu une chance extraordinaire car sa
Djellaba est percée d'une quinzaine de trous..! effrayé sans doute par ce qu'il
vient de vivre, il se livre facilement et dit qu'il a été chargé par un groupe
de rebelles de surveiller le secteur.
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Ces
renseignements nous sont suffisants pour deviner de quelle bande il s'agit et
quelle direction ils vont prendre. Le Capitaine commande de progresser et
modifie l'objectif de chaque section compte tenu du bruit de la fusillade et des
infos du guetteur. Il est maintenant 3h15, nous continuons la progression
toujours vers le Sud, nous ratissons les mechtas au passage, toujours rien, il
est environ 5h30 quand nous arrivons sur une crête, à 100m en contre bas, nous
apercevons dans l'obscurité un groupe de mechtas dont une assez grande toute en
pierre avec un toit en tuile, ce qui est assez rare dans cette région pour que
je le remarque, le Capitaine commande à la 2ème section de descendre et de
commencer la fouille, tandis que nous 6 avec le Pitaine nous descendons
sur une arête par le flan droit,
je fais remarquer au Capitaine ( le plus courtoisement
possible) qu'il serait peut-être plus judicieux de rester sur le piton avec
notre liaison Radio et d'attendre que la section ait terminée la fouille des
Mechtas, "Non non... nous allons dépasser le village pour nous installer de
l'autre côté! "... OK... mais j'ai une mauvaise intuition! Le
Pitaine est devant, suivi de Milw.., Quef..., moi, les 2 Radios, un prisonnier
qui porte l'Angrc/9 et Bois... qui ferme la marche, tout en suivant le
Pitaine, j'étudie le terrain et je me dis que s'il se passe
quelque chose, on est mal barré. Nous avons dépassé la moitié du village,
il y a 4 Mechtas en torchis et cette grande bâtisse en pierre, le Pitaine
suit un petit sentier et moi je me décale légèrement à sa droite où j'ai repéré
un petit monticule au cas où..!, les gars derrière me suivent, pas manqué..! un premier coup de feu se fait entendre et puis 2 et
des rafales nous passent par dessus la tête, nous sommes à découvert, le
Pitaine court à gauche et moi à droite, avec ceux qui me suivent, on saute
derrière le petit monticule pour nous abriter, nous sommes dans ce qui ressemble
à une fosse, on voit les balles traçantes qui nous passent juste au dessus de la
tête,
je me rends compte
que nous sommes à l'intersection de 2 sentiers et que si des fuyards
s'échappent, c'est peut être pour nous.
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"Paoli ... Paoli de KIMONO 11, répondez ! ..."
Emetteur - Récepteur Radio
an/grc9
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Les 2
Radios et le prisonnier sont morts de trouille, recroquevillés dans un coin, je
demande à Bois ... de surveiller un côté du sentier avec sa Mat 49 et à
Quef ... de surveiller l'autre côté. Je sors le poste de Radio Angrc9 de son harnais pour le mettre en
batterie et essayer de joindre le bataillon, impossible nous sommes à environ 25km de Masqueray et qui
plus est dans un creux, par contre, je réussis à joindre les 2
autres sections qui entendent les coups de feux et qui se rapprochent de notre
position, je ne sais pas où est passé le Pitaine, en
tout cas, je me surprends à gueuler comme un charretier, je suis devenu sourd à
la fusillade, je n'entend plus le claquements des balles, je ne vois plus les
traçantes qui pourtant continuent à nous passer au dessus de la
tête, seul me préoccupe ce putain de poste C9 et je continue à jurer tout seul
"Bon Dieu de Bon Dieu, je l'avais dit, fallait rester sur la
crête"et je repense à l'accrochage du 20 Décembre 59..! "ces putains de gradés, qu'est ce qu'ils apprennent à l'Ecole
Militaire"
... soudain une rafale à côté de moi me
fait sursauter, c'est Bois... qui vient de descendre un rebelle qui se dirigeait
en courant droit sur nous avec un fusil de chasse. Eh ben..., j'ai bien fait de
positionner Bois... à cet endroit !!!, pendant que la fusillade se calme
et que Bois ...récupère le fusil de chasse, j'appelle le radio de la 2ème
section pour avoir des nouvelles, il m'annonce qu'un gars de chez nous à une
balle dans la cuisse, un groupe a réussi à fuir tandis qu'un autre groupe est
retranché dans la grande Mechta en pierre et continue de tirer par des
meurtrières, pendant ce temps le Capitaine ressurgi de je ne sais où..!, "Bria.. avez vous établi le contact avec Paoli "(le PC du
Bataillon), putain... je sors de mes gonds..."Avec tout le respect que je vous dois mon Capitaine, je
voudrais vous dire que de descendre dans un trou pour établir une liaison radio
de 25km est une énorme connerie, et que si vous voulez établir une liaison avec
le Bataillon, il faut remonter sur le piton là où on aurait du rester"...
"OK remontez sur le piton et établissez la liaison et
demandez l'Aviation",
je fais signe aux copains de remonter en passant au large de la
mechta où les rebelles sont retranchés. Sur le piton, je reprends
mon souffle et mon calme, on installe le poste Radio Angrc 9 et la grande
antenne, j'appelle "Paoli de K11, parlez" aussitôt ..."K11, ici Paoli qui vous
reçoit 5/5 "..., çà rassure!, "ici K11 nous avons accroché nous avons un blessé,
demandons rapatriement sanitaire et appui Aviation"..."OK K11, assurons
intervention, on garde le contact" ...
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OP à Champlain
Novembre 1959 dans le brouillard Mek... au 1er plan, à ma gauche le Pitaine,
à droite Legr...
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Lors de
cette OP, nous avons ratissé un Oued très encaissé avec des buissons touffus en
liaison avec les légionnaires, chacun de notre côté de la pente, dans le fond de
l'oued un groupe de chez nous a accroché 2 rebelles, une fusillade s'en est
suivie, sans savoir qui de notre groupe ou des légionnaires avaient descendus
les Fellagas, notre groupe est le premier arrivé sur les armes a récupérer, à
cet instant, une rafale part en l'air, ce sont les Légionnaires menaçants qui
nous conseillent de laisser les armes, il faut dire que les Légionnaires
touchent une prime par arme récupérée... nous rien! alors grands seigneurs, on
leur laisse la récupération des 2 fusils. Cette
anecdote pour montrer jusqu'où peut aller la cupidité des hommes dans un monde
de bêtes.
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Un peu de Tendresse
dans ce Monde de Brutes
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