Nous sommes à quelques kilomètres de Masqueray Djouab, je sens la pression qui monte, je regarde partout, à gauche, à droite. J'essaie de retrouver des repères, nous ne sommes plus très  loin de Djouab et toujours pas de Maison Forestière en vue.
 
A cet instant, notre accompagnateur aperçoit une station service et s'arrête pour faire le plein.
 
J'en profite pour descendre de la voiture, j'avance au bout de la station qui domine le paysage et là ! stupeur, je découvre en contrebas la Maison Forestière et Masqueray 2 kms plus bas, l'émotion est à son comble, j'appelle ma femme et mes amis   "j'ai trouvé, elle est là... !!"
 
 
Derrière la Station Service           ...            la Maison Forestière..!
 
 
Notre arrivée à la Maison Forestière n'est pas passée inaperçue et le premier contact est plutôt glacial, il faut dire que nous sommes les premiers étrangers qu'ils voient depuis 1962, un homme arrive précipitamment en levant les bras au ciel et s'écrie en Arabe"Il est où celui qui a tué mon père !"  Pris de court, notre accompagnateur, ne sachant comment interpréter ces propos pas très rassurants et surtout voulant nous protéger, trouve une parade pour atténuer la brutalité de son intervention et réplique à l'arrivant, "Il était garde Forestier ici en 1958 ....., il n'a rien fait de mal".
 
 
Par la suite, en montrant des photos des lieux que j'avais prises à l'époque,  nous échangeons quelques souvenirs avec le pompiste qui était à Masqueray dans les mêmes dates, après ce grand moment d'émotion, la visite prend une tournure plus amicale, nous demandons l'autorisation de prendre des photos et de visiter les lieux, ce que le propriétaire accepte de bonne grâce.
 
En PARLER                                               Pour EXPURGER                                        PARDONNER
 
Je suis là et j'ai l'impression de rêver ... après toutes ces Années passées, je n'ai rien oublié, je retrouve le souvenir de mes 20 Ans dans ces lieux que j'ai habités, remplis de tous ces souvenirs du passé, ceux que j'ai aimés et détestés.
 
Le souvenir  des copains, la joie des uns lorsque l'on arrosait  la Quille avant leur départ et la tritesse lorsque l'on brûlait les vêtements et les souvenirs personnels des autres .
 
Je m'écarte de notre petit groupe et  jette un grand regard circulaire pour embraser toutes ces montagnes, ma joie de tout à l'heure fait soudain place à un grand vide,  je sens ma gorge se serrer,  les sanglots montent, je ne cherche pas à dissimuler mon émotion  bien  au  contraire, plus  je pleure et plus je ressens un  immense soulagement,  mais  n'est-ce pas ce moment que je suis venu rechercher ici  à cet endroit précis ! ...  Claudie et mes amis compatissants  se rapprochent,  le propriétaire  des lieux arrive avec  le "kaoua" et  nous parlons encore du passé en évitant les mots qui fâchent.
 
Dans un mouvement de sympathie, le propriétaire me met la main sur l'épaule, un geste amical pour montrer que nous sommes les bienvenus  et nous invite à revenir quand nous voudrons pour partager le repas.